LES CANNES DE PIRSCH

Par Pierre Journeux, Président ADCGG 13*

Élément de base dans l’équipement du chasseur à l’approche, la canne de pirsch répond à la nécessité d’un appui stable de l’arme pour un tir précis et sûr à distance.
En ce sens, le fourquin de l’arquebuse à mèche de l’an 1450 pourrait être considéré comme l’ancêtre de la canne de pirsch. Il subsistera avec l’arrivée des arquebuses à rouet, et deviendra la fourquine des premiers mousquets après 1525. En 1956 la légalisation du tir d’été du brocard, impulsée par l’ANCGG, donnera son essor à la chasse silencieuse individuelle, et, actuellement, le tir d’été ne compte plus ses adeptes. Ouvrant ainsi un marché à la fabrication industrielle de la canne de pirsch, avec, au départ, des modèles à 1, 2, ou 3 pieds correspondants à 1, 2 , ou 3 montants, offrant 1 seul point d’appui pour la longuesse ou le fut de l’arme.
Mais depuis plusieurs années, des cannes offrant deux points d’appui pour l’arme, un pour la longuesse ou le fut, l’autre pour la crosse, à 2 pieds et quatre montants, sont fabriquées en France, en Angleterre, en Allemagne, en Hongrie et Pologne. La marque française (4 Stable Stick) en propose trois versions: bush, light, mountain, (plus la Montéria à 1 pied et 2 montants). Il existe également des modèles 2 appuis à 3 pieds et 5 montants. L’offre actuelle comportant une multitude de modèles différents, il n’est pas évident de faire d’emblée le meilleur choix.

Trois catégories


En appelant pied toute extrémité de la canne reposant au sol, on peut distinguer trois catégories principales:

les monopodes

les bipodes

les tripodes.

Chacune de ces trois catégories comporte plusieurs types différents:

– télescopique: 2 ou 3 brins coulissent les uns dans les autres, et se bloquent au niveau désiré par des bagues de serrage ou des clapets: la hauteur de visée est réglable, l’adaptation à un terrain irrégulier est possible.

– télescopique automatique: l’appui sur une gachette libère le déploiement du ou des pieds le temps que dure l’appui : la hauteur de visée est ainsi facilement réglable, l’adaptation automatique à la

déclivité ou aux différences de niveau du terrain est appréciable. Mais ces modèles sont plus lourds. – non réglable en hauteur. Montants de longueur fixe. Il s’agir là en général de bipodes, pour le tir debout, l’écartement des 2 pieds pouvant permettre d’ajuster la hauteur.
Enfin chaque catégorie peut se décliner en deux versions: sans ou avec support de crosse.

– sans: un seul support, pivotant ou non, est l’appui de la longuesse ou du fut.
– avec: un support de longuesse ou de fut, plus un support de crosse. La stabilité est là remarquable, et peut être absolue, selon le nombre de pieds.
Mais considérer le nombre de montants parait maintenant plus judicieux que de considérer le nombre de pieds.
Nous avons alors 5 catégories : les cannes à 1, 2, 3, 4, ou 5 montants :
Celles à 1, 2, ou 3 montants sont les modèles traditionnels télescopiques, simples ou automatiques. Celles à 4 ou 5 montants sont les modèles à support de crosse.

Que demander à une canne de pirsch?

D’abord elle doit offrir un appui stable pour un tir ajusté à distance.
Ensuite elle devra : être à la fois légère pour le transport, facile à déployer sur le terrain malgré les différences de niveau et la végétation, réglable en hauteur (pour des tirs debout, à genoux, assis, et même assis au sol), offrir des possibilités de modifier la visée en site et/ou en azimut, le tout aussi rapidement et discrètement que possible, et, parfois, pouvoir se déployer à l’avance (affût).
Aucun des modèles existants ne satisfait à ces sept requêtes à la fois. Il faut donc arriver au meilleur compromis en fonction de sa pratique et des caractéristiques de son territoire de pirsch.
L’ajustement de la hauteur de visée, élément majeur, s’obtient par le réglage de la longueur du ou des pieds au repos. Cet ajustement, qui dépend de la taille du chasseur, est un préalable à l’utilisation. Le réglage au repos est correct quand l’appui arrive à hauteur du menton ou des lèvres. Pour les modèles non réglables, destinés au tir debout, l’inclinaison ou l’écartement des pieds, plus ou moins facile selon la végétation, permet ce réglage jusqu’à un certain point. Il faut ici rappeler qu’un bon tir, précis, nécessite que la position du tireur soit confortable. Un tir dans une position inconfortable est rarement réussi.
Les monopodes et les bipodes à 2 montants doivent être utilisés en opposition pour une meilleure stabilité: la canne n’est pas tenue verticale, mais inclinée vers le tireur, lui-même légèrement penché en avant vers la canne, et l’arme appuyée sur son support.

Les cannes à 1 pied: 2 modèles:

– le classique à 1 montant, automatique ou non, est le plus simple et le plus rapide à déployer, mais le moins stable de tous.

– le 4 Stable Stick Montéria à support de crosse, avec un seul pied mais 2 montants, conçu à l’origine pour la

battue, offre une meilleure stabilité, bien imparfaite cependant.
Ces modèles monopodes sont les plus rapides et faciles à mettre en œuvre, quelque soit le terrain,

mais les moins stables. A réserver au tir à distance très contenue.

En fait, l’utilité d’un monopode pour le pirsch, même en terrain « fermé », parait limitée : à plus de 50 mètres,

la précision s’avère très médiocre, et à courte distance, un tir à bras franc est aussi performant pour un chasseur entrainé. Ainsi, à l’appeau en période de rut, le brocart peut surgir à très courte distance,

puis ne laisser guère que le temps d’un tir à bras franc.

Les cannes à 2 pieds – 2 montants:
– classique ou automatique : Meilleure stabilité que les monopodes. Mise en œuvre rapide. Tir à distance contenue.

Les cannes à 3 pieds – 3 montants:
– classique ou automatique : la stabilité s’améliore, mais les résultats sont assez peu différents de ceux des 2 pieds-2 montants. Mise en œuvre rapide pour les modèles à gachette. A noter sur certains modèles un écartement insuffisant des trois pieds, préjudiciable à la stabilité de l’appui.

Les cannes à 2 pieds – 4 montants:
il y a 2 supports: un support avant + un support de crosse.

Assez vite déployés, mais mouvements de mise en place peu discrets. Très bonne stabilité en azimut et en site permettant d’allonger fortement la distance de tir. Nécessitent un apprentissage.

Il en existe des modèles français (4 Stable Stick), ou étrangers, en général non réglables en hauteur sauf par écartement des pieds, et d’autres à montants télescopiques réglables.
Bipodes, ils doivent être tenus en permanence, et ne peuvent être déployés à l’avance.

Les cannes à 3 pieds – 5 montants: 2 modèles:
– le classique 3 montants + 2 de support de crosse (HP 32 de X3M1). La stabilité est là excellente,

la précision aussi, même à très grande distance. Mise en œuvre moins aisée en végétation haute.
– le modèle type hongrois 3 pieds / 5 montants avec support de crosse, est un bipode 4 montants – 2 pieds, avec un montant avant en plus. Mêmes remarques et qualités que le modèle précédent. Stabilité absolue.

Certains reprochent à ces modèles à support de crosse de s’adresser à une cible peu mobile, tel un animal au gagnage, à l’éveil, ne se déplaçant pas. C’est oublier que le tir d’approche ou d’affût ne s’adresse pas à des animaux lancés.

Ces modèles 5 montants peuvent être déployés à l’avance, ne nécessitent pas d’être tenus en permanence comme les mono et bipodes, ce qui peut être avantageux dans certaines situations (affût).

Ils permettent une précision étonnante pour des tirs à 200 mètres et au-delà.
La revue Connaissance de la Chasse avait publié en 2012 les résultats d’un essai de plusieurs modèles de canne, en tir sur cible à 75 mètres. La dispersion des impacts était de 15 cm pour le monopode, de 7 à 8 cm pour le bipode comme pour le tripode simple, qui ne marquait donc pas de supériorité sur le bipode, mais de 2,5 cm seulement pour le 5 montants avec support de crosse.
Quant au temps nécessaire pour déployer la canne, poser l’arme et avoir la cible en ligne, il ne parait pas critique quand il s’agit d’un gibier calme ou au gagnage, à bonne distance, qui n’a pas encore perçu le chasseur.

Le meilleur choix

Le choix doit tenir compte des caractéristiques du territoire chassé quant à la régularité du sol, la déclivité, la végétation, et les distances de tir probables. La finalité est de tuer net, de placer une ballede coffre, autant que possible de cœur, sur un gibier de profil et quasi immobile. L’exigence de stabilitéde l’appui augmente avec la distance de tir. L’appui le plus stable, donc la meilleure précision, est bien entendu le fait des modèles avec support de crosse. Ils permettent une précision étonnante, des tirs très au-delà des 100 / 150 mètres, dans les territoires où ces distances peuvent être attendues, si la compétence du tireur est en adéquation. Ces modèles sont alors à privilégier.

Les cannes avec support de crosse sont de 3 catégories: monopodes, bipodes, tripodes.

Les cannes monopodes sont représentées par la montéria stick, mais sa stabilité est trop dépendante de l’entrainement du tireur et insuffisante avec la distance.
Ne restent donc que les cannes bipodes ou tripodes à 4 ou 5 montants:
– les cannes 4 montants bipodes ont une très bonne stabilité. Très bon choix. On peut citer: Decoy, Shooting Stick, 4 Stable Stick, Viper-Flex, et plusieurs autres modèles anglais et allemands.
– les cannes 5 montants tripodes ont une stabilité absolue. Très bon choix. On peut citer HP 32 de H3M1,

Primos Polecat Steady Rest, Raptor, et Invincible.

Toutefois la mise en œuvre de ces tripodes peut être moins aisée selon la configuration du terrain et, surtout la végétation. Quand il faut modifier en site, ou en orientation la canne, les bipodes peuvent présenter là un avantage relatif sur les modèles tripodes, mais, revers de la médaille, leur stabilité est moins absolue.

Ces modèles à support de crosse, bipodes ou tripodes constituent le meilleur choix possible quand le territoire chassé peut comporter des nécessités de tir au delà des 100 mètres. Certes chasse à l’approche sous entend approche, mais elle peut parfois s’avérer difficile, voire impossible.

À noter qu’il existe également des supports horizontaux à 2 appuis, se fixant en tête de tripodes: l’un chez Primos (, 67 €), l’autre polonais chez podporka.
Et pour être complet, mentionnons le bras Vanguard Uni-Stick (45 €) qui s’ajoute à un tripode classique pour offrir un deuxième appui ! Nous n’avons pas l’expérience de ces derniers dispositifs.

Quoiqu’il en soit, avant la sortie de chasse, l’entrainement suivi au maniement de la canne choisie, puis l’entrainement au tir avec cette canne sont des nécessités impératives. Un tireur entrainé pourra d’ailleurs obtenir de bons résultats avec un simple bipode de base à 2 montants.

Les poids des cannes varient avec la matière utilisée, le nombre de montants, et la présence de mécanismes. Depuis les 330 g d’un monopode réglable, les 780 g d’un tripode simple, aux 1.400 g pour un tripode Primos Trigger Stick, en passant par les 585 g du Bush Light et les 955 g du HP 32.

En fonction du terrain et de la longueur du parcours envisagé, c’est un élément à prendre en compte.

Quant aux prix, compter de 19 à 49 € pour les modèles de base à 1, 2, ou 3 pieds.
Pour les modèles automatiques à gachette ( Trigger Stick Primos, Ajust Tunet), de 95 à 155 €.
Dans les 2 pieds 4 montants, les 4 Stable Stick s’échelonnent de 109 à 199 € selon le modèle. C’est lagamme de prix des modèles étrangers similaires, sauf le kr-system polonais à 68 €.
En tripode à support de crosse à noter le tarif étonnant du HP 32 de X3M1 chez Grube (54 €), et en 3pieds / 5 montants, celui, raisonnable, de l’Invincible de Steflo (120 €). Le Primos Polecat Steady Rest està 189 € en France, mais autour de 100 dollars sur le net.

Enfin, pour ceux qui préfèreraient réaliser leur propre modèle, You Tube ne manque pas de suggestions, et si vous voulez faire en 10 minutes pour un coût dérisoire une canne « hongroise » 4 montants – 2 pieds / 2 supports, une vidéo: DIY quad sticks – Jak zrobić pastorał. Vous pourrez même ajouter un cinquième montant !

*La vocation de l’ADCGG 13 est de rassembler tous les Chasseurs de Grand Gibier des Bouches du Rhône souhaitant :

– acquérir et partager une connaissance approfondie des espèces de Grand Gibier, des armes, munitions et optiques, de la Faune, de la Flore, de la Gestion, dans le cadre du Brevet Grand Gibier qui est devenu une référence cynégétique,

– agir pour une chasse durable et une biodiversité aussi grande que possible dans le respect des équilibres agro-sylvo-cynégétiques .

La chasse pratiquée avec compétence, sportivité et éthique, dans le respect du gibier, reste le meilleur moyen de préservation des équilibres biologiques et des milieux naturels .

ADCGG13 – Association Départementale des Chasseurs de Grand Gibier des Bouches du Rhône
Siège Social : 801 Chemin de Vède aux Estiennes
13390 AURIOL – Fax : 04 42 70 84 62 – Portable : 06 12 78 45 69